domenica 7 settembre 2014

Roland Barthes. L’immaginario intorno a un soggetto vuoto


“ Le città quadrangolari, reticolari (Los Angeles, per esempio) producono, così si dice, un disagio profondo: esse feriscono in noi un senso cenestesico della città, il quale esige che ogni spazio urbano abbia un centro in cui andare, da cui tornare, un luogo compatto da sognare e in rapporto al quale dirigersi e allontanarsi, in una parola, inventarsi. Per molteplici ragioni (storiche, economiche, religiose, militari) l’Occidente ha fin troppo ben compreso questa legge: tutte le città sono concentriche; ma, conformemente al movimento stesso della metafisica occidentale, per la quale ogni centro è la sede della verità, il centro delle nostre città è ‹pieno›: luogo contrassegnato, è lí che si raccolgono e si condensano i valori della civiltà: la spiritualità (con le chiese), il potere (con gli uffici), il denaro (con le banche), le merci (con i grandi magazzini), la parola (con le «agorà»: caffè e passeggiate). Andare in centro vuol dire incontrare la «verità» sociale, partecipare alla pienezza superba della «realtà».
La città di cui parlo (Tokyo) presenta questo paradosso prezioso: essa possiede sí un centro, ma questo centro è vuoto. Tutta la città ruota intorno a un luogo che è insieme interdetto e indifferente, dimora mascherata dalla vegetazione, difesa da fossati d’acqua, abitata da un imperatore che non si vede mai, cioè, letteralmente, da non si sa chi. Quotidianamente, con la loro andatura rapida, energica, spedita come la traiettoria di un proiettile, i taxi evitano questo cerchio la cui cima bassa, forma visibile dell’invisibile, nasconde il «nulla» sacro. Una delle due città più potenti del mondo moderno è dunque costruita intorno ad un anello opaco di muraglie, d’acque, di tetti e di alberi, il cui centro stesso non è altro che un’idea evaporata, che sussiste non per irradiare qualche potere, ma per offrire a tutto il movimento urbano il sostegno del proprio vuoto centrale, obbligando la circolazione a una deviazione perpetua. In questo modo, a quel che si dice, l’immaginario si dispiega circolarmente, per corsi e ricorsi, intorno a un soggetto vuoto.”
ROLAND BARTHES (1915 – 1890), L’impero dei segni (1970), trad. di Marco Vallora, Einuadi, Torino 1984 (I ed.), ‘Centro-città, centro vuoto’, pp. 39 e 42.



Tokyo. L’immagine occupa, nell’edizione italiana, le pagine 40 e 41

“ Les villes quadrangulaires, réticulaires (Los Angeles, par exemple) produisent, dit-on, un malaise profond; elles blessent en nous un sentimente cénesthésique de la ville, qui exisige que tout espace urbain ait un centre où aller, d’où revenir, un lieu complet dont rêver et par rapport à quoi se diriger ou se retirer, en un mot s’inventer. Pour de multiples raisons (historiques, économiques, religieuses, militaires), l’Occident n’a que trop bien compris cette loi: toutes ses villes sont concentriques, mais aussi, conformément au mouvement même de la métaphysique occidentale, pour laquelle toute centre est le lieu de la vérité, le centre de nos villes est toujours plein: lieu marqué, c’est en lui que se rassemblent et se condensent les valeurs de la civilisation: la spiritualité (avec les églises), le pouvoir (avec les bureaux), l’argent (avec les banques), la marchandise (avec les grandes magasins), la parole (avec les agoras: cafés et promenades). Aller dans le centre, c’est rencontrer la «vérité» sociale, c’est participer à la plénitude superbe de la «réalité».
La ville dont je parle (Tokyo) présente ce paradoxe précieux: elle possède un centre mais ce centre est vide. Toute la ville tourne autour d'un lieu à la fois interdit et indifférent, demeure masquée par la verdure, défendue par des fossés d'eau, habitée par un empereur que l'on ne voit jamais, c'est-à-dire à la lettre par on ne sait qui. Journellement, de leur conduite preste, énergique, expéditive comme la ligne d’un tir, les taxis évitent ce cercle, dont la crête basse, forme visible de l’invisibilité, cache le «rien» sacré. L’une des deux villes les plus puissantes de la modernité est donc construite autour d’un anneau opaque de murailles, d’eaux, de toits et d’arbres, dont le centre lui-même n’est plus qu’une idée évaporée, subsistant là non pour irradier quelque pouvoir, mais pour donner à tout le mouvement urbain l’appui de son vide central, obligeant la circulation à un perpétuel dévoiement. De cette manière, nous dit-on, l'imaginaire se déploie circulairement, par détours et retours le long d'un sujet vide.”
ROLAND BARTHES, L’Empire des signes (Édition d’Art Albert Skira, Genève 1970), in ID., Œuvre complètes, édition établie et présentée par Eric Marty, tome III 1968 – 1971, Seuil, Paris 2002, ‘Centre-ville, centre vide’, p. 374.

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