domenica 6 settembre 2015

Albert Camus. Lottando contro la creazione com’essa è



«Ecco», disse Tarrou. «Perché lei stesso mostra tanta devozione, se non crede in Dio? La sua risposta mi aiuterà forse a dare la mia». Senza uscire dall’ombra, il dottore disse che aveva ormai risposto, che se avesse creduto in un Dio onnipotente avrebbe trascurato di guarire gli uomini, lasciandone la cura a lui. Ma che nessuno al mondo, no, nemmeno Paneloux, che credeva di credervi, credeva in un Dio di tal genere; nessuno infatti si abbandonava del tutto, e in questo almeno, lui, Rieux, credeva di essere sulla via della verità, lottando contro la creazione com’essa è.
«È questa allora», disse Tarrou, «l’idea che lei si fa del suo mestiere?»
 «Press’a poco», rispose il dottore, tornando in luce.
Tarrou fischiò piano, e il dottore lo guardò.
«Sì», disse, «lei si dice che ci vuole dell’orgoglio. Ma io non ho che l’orgoglio che ci vuole, mi creda. Non so quello che mi aspetta né quello che accadrà, dopo. Per il momento ci sono dei malati e bisogna guarirli. Poi, essi rifletteranno, e anch’io. Ma il più urgente è guarirli; io li difendo come posso, ecco».
«Contro chi?»
Rieux si voltò verso la finestra. Indovinava il mare in lontananza a una condensazione più scura dell’orizzonte. Sentiva soltanto la fatica e nello stesso tempo lottava contro un desiderio subitaneo e irragionevole di abbandonarsi un po’ di più a quell’uomo singolare, di cui si sentiva fratello.
«Non ne so niente, Tarrou, le giuro che non ne so niente. Quando ho intrapreso questo mestiere,
l’ho fatto astrattamente, in qualche maniera: ne avevo bisogno, era una posizione come un’altra, una di quelle che i giovani si propongono. Fors’anche, perché era particolarmente difficile per un figlio di operaio come me. E poi, bisognò veder morire. Lei sa che ci sono persone che rifiutano di morire? Ha mai sentito una donna gridare: ‘No’ nel momento di morire? Io, sì. E mi sono accorto, allora, che non potevo abituarmici. Ero giovane allora, e il mio disgusto credeva di rivolgersi all’ordine stesso del mondo. Poi, sono diventato più modesto. Semplicemente, non sono sempre abituato a veder morire. Non so nient’altro. Ma dopo tutto…»
Rieux tacque e sedette di nuovo, si sentiva la bocca secca.
«Dopo tutto?» disse piano Tarrou.
«Dopo tutto…» ricominciò il dottore, ancora esitando, con lo sguardo attento su Tarrou, «è una cosa che un uomo come lei può capire, nevvero, ma se l’ordine del mondo è regolato dalla morte, forse val meglio per Dio che non si creda in lui e che si lotti con tutte le nostre forze contro la morte, senza levare gli occhi verso il cielo dove lui tace». «Sì», approvò Tarrou, «posso capire. Ma le vostre vittorie, ecco, saranno sempre provvisorie». Rieux sembrò rattristarsi
«Sempre, lo so. Non è una ragione per smettere la lotta».
«No, non è una ragione. Ma immaginiamo allora cosa dev’essere questa peste per lei».
«Sì», disse Rieux, «un’interminabile sconfitta».


ALBERT CAMUS (1913 – 1960), La peste (1947), traduzione di Beniamino Dal Fabbro, cronologia di Annalisa Ponti, Bompiani, Milano 2011 (XXX ed., I ed. 1948), II, pp. 97 – 99.






— Voilà, dit Tarrou. Pourquoi vous-même montrezvous tant de dévouement puisque vous ne croyez pas en Dieu? Votre réponse m’aidera peut-être à répondre moimême.
Sans sortir de l'ombre, le docteur dit qu'il avait déjà répondu, que s’il croyait en un Dieu tout-puissant, il cesserait de guérir les hommes, lui laissant alors ce soin. Mais que personne au monde, non, pas même Paneloux qui croyait y croire, ne croyait en un Dieu de cette sorte, puisque personne ne s’abandonnait totalement et qu’en cela du moins, lui, Rieux, croyait être sur le chemin de la vérité, en luttant contre la création telle qu’elle était.
— Ah ! dit Tarrou, c’est donc l’idée que vous vous faites de votre métier?
— A peu près, répondit le docteur en revenant dans la
lumière.
Tarrou siffla doucement et le docteur le regarda.
— Oui, dit-il, vous vous dites qu’il y faut de l’orgueil.
Mais je n’ai que l’orgueil qu’il faut, croyez-moi. Je ne sais pas ce qui m’attend ni ce qui viendra après tout ceci. Pour le moment il y a des malades et il faut les guérir. Ensuite, ils réfléchiront et moi aussi. Mais le plus pressé est de les guérir. Je les défends comme je peux, voilà tout.
— Contre qui?
Rieux se tourna vers la fenêtre. Il devinait au loin la mer à une condensation plus obscure de l’horizon. Il éprouvait seulement sa fatigue et luttait en même temps contre un désir soudain et déraisonnable de se livrer un peu plus à cet homme singulier, mais qu’il sentait fraternel.
— Je n’en sais rien, Tarrou, je vous jure que je n’en sais rien. Quand je suis entré dans ce métier, je l‘ai fait
abstraitement, en quelque sorte, parce que j’en avais besoin, parce que c’était une situation comme les autres, une de celles que les jeunes gens se proposent. Peut-être aussi parce que c’était particulièrement difficile pour un fils d’ouvrier comme moi. Et puis il a fallu voir mourir. Savezvous qu’il y a des gens qui refusent de mourir? Avez-vousde mourir jamais entendu une femme crier: «Jamais!» au moment de mourir? Moi, oui. Et je me suis aperçu alors que je ne pouvais pas m’y habituer. J'étais jeune et mon dégoût croyait s’adresser à l’ordre même du monde. Depuis, je suis devenu plus modeste. Simplement, je ne suis toujours pas habitué à voir mourir. Je ne sais rien de plus. Mais après tout...
Rieux se tut et se rassit. Il se sentait la bouche sèche.
— Après tout ? dit doucement Tarrou.
— Après tout..., reprit le docteur, et il hésita encore, regardant Tarrou avec attention, c’est une chose qu’un homme comme vous peut comprendre, n’est-ce pas, mais puisque l’ordre du monde est réglé par la mort, peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croie pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel où il se tait.
— Oui, approuva Tarrou, je peux comprendre. Mais vos victoires seront toujours provisoires, voilà tout.
Rieux parut s’assombrir. 
— Toujours, je le sais. Ce n’est pas une raison pour cesser de lutter.
— Non, ce nest pas une raison. Mais jimagine alors ce
que doit être cette peste pour vous.
— Oui, dit Rieux. Une interminable défaite.

ALBERT CAMUS, La peste, Gallimard, Paris 1947 (I éd.), II, pp. 120  121.


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