mercoledì 25 ottobre 2017

Joris-Karl Huysmans. Sostituire il sogno della realtà alla realtà stessa



Nessun dubbio, infine, che si possa, senza muoverci da Parigi, avere la benefica impressione di un bagno di mare: basterebbe solo andare al bagno Vieger, situato su di un battello, in piena Senna.
Là , facendo salare l’acqua della propria vasca versandovi, secondo la formula del codex farmaceutico, del solfato di sodio, del cloridrato di magnesia e della calce; togliendolo da una scatola accuratamente chiusa con un coperchio a vite, un gomitolo di spago o un pezzetto di gomena cercati appositamente in una di quelle grandi corderie i cui vasti magazzini e le cui cantine esalano odori di marina e di porto; aspirando l’odore che quello spago o quel pezzetto di gomena devono conservare; consultando un’esatta fotografia dello stabilimento balneare prescelto e leggendo intensamente la guida di Joanne che descrive le bellezze della spiaggia in cui si vorrebbe essere; lasciandosi infine cullare, nella vasca, dalle onde sollevate dai battelli che passano rasente il pontone dei bagni e ascoltando il rumore del vento sotto gli archi e il sordo scarrucolio degli omnibus che passano poco sopra le nostre teste, sul ponte Reale, l’illusione del mare è innegabile, imperiosa, sicura.

Tutto sta nel saper fare, nel saper concentrare lo spirito su di un solo punto, nel sapere astrarsi abbastanza per far sorgere l’allucinazione e sostituire il sogno della realtà alla realtà stessa. 


JORIS-KARL HUYSMANS (1848 – 1907), A ritroso (1884), introduzione di Carlo Bo, traduzione di Ugo Dèttore, Rizzoli, Milano 1982 (I edizione 1953), II, pp. 51 – 52.


Nul doute aussi, qu’on ne puisse — sans bouger de Paris — acquérir la bienfaisante impression d’un bain de mer; il suffirait, tout bonnement de se rendre au bain Vigier, situé, sur un bateau, en pleine Seine.
Nul doute aussi, qu’on ne puisse — sans bouger de Paris — acquérir la bienfaisante impression d’un bain de mer ; il suffirait, tout bonnement de se rendre au bain Vigier, situé, sur un bateau, en pleine Seine.
Là, en faisant saler l’eau de sa baignoire et en y mêlant, suivant la formule du Codex, du sulfate de soude, de l’hydrochlorate de magnésie et de chaux ; en tirant d’une boîte soigneusement fermée par un pas de vis, une pelote de ficelle ou un tout petit morceau de câble qu’on est allé exprès chercher dans l’une de ces grandes corderies dont les vastes magasins et les sous-sols soufflent des odeurs de marée et de port; en aspirant ces parfums que doit conserver encore cette ficelle ou ce bout de câble; en consultant une exacte photographie du casino et en lisant ardemment le guide Joanne décrivant les beautés de la plage où l’on veut être; en se laissant enfin bercer par les vagues que soulève, dans la baignoire, le remous des bateaux-mouches rasant le ponton des bains; en écoutant enfin les plaintes du vent engouffré sous les arches et le bruit sourd des omnibus roulant, à deux pas, au-dessus de vous, sur le pont Royal, l’illusion de la mer est indéniable, impérieuse, sûre.
Le tout est de savoir s’y prendre, de savoir concentrer son esprit sur un seul point, de savoir s’abstraire suffisamment pour amener l’hallucination et pouvoir substituer le rêve de la réalité à la réalité même. 


 JORIS-KARL HUYSMANS, À Rebours, G. Charpentier et Cⁱᵉ, Paris 1884, II, p. 30.  

Nessun commento:

Posta un commento