mercoledì 7 febbraio 2018

Marcel Proust. L’intervallo fra il desiderio e l’azione


     C’era ancora poca gente a Balbec, poche fanciulle. A volte ne vedevo questa o quella sostare sulla spiaggia, senza svaghi, benché varie coincidenze sembrassero indicarla come la stessa ch’io avevo disperato di poter mai accostare, quando la vedevo uscire con le amiche dal maneggio o dalla scuola di ginnastica. Se era la stessa (e mi guardavo bene dal parlarne ad Albertine) la fanciulla che avevo creduta inebriante non esisteva. Ma non potevo arrivare a una certezza, poiché il viso di queste fanciulle non occupava sulla spiaggia un dato spazio, non offriva una forma permanente, contratto, dilatato, trasformato com’era dalla mia attesa, dall’inquietudine del mio desidero, o da un benessere che bastava a se stesso, dall’abito che indossavano, dalla rapidità del loro passo o dall’immobilità. Tuttavia, da molto vicino, due o tre mi sembravano adorabili. Ogni volta che vedevo una di queste, mi veniva voglia di condurla nel viale delle Tamerici, o sulle dune, o meglio ancora sulla scogliera. Ma, benché nel desiderio, a paragone con l’indifferenza, entri già quell’audacia ch’è un principio, anche se unilaterale, di realizzazione, tuttavia fra il mio desiderio e la mia azione, che sarebbe stata la richiesta di baciarla, c’era tutto l’indefinito spazio bianco dell’esitazione, della timidezza. Allora entravo nella pasticceria-bar, bevevo uno dopo l’altro sette o otto bicchieri di Porto. Subito, in luogo dell’intervallo, impossibile a colmarsi, fra il desiderio e l’azione, l’effetto dell’alcool tracciava una linea che li congiungeva insieme. Non c’era più posto per l’esitazione o il timore. Mi sembrava che la fanciulla stesse per volare fino a me. Andavo da lei, spontaneamente m’usciva dalle labbra: «Mi piacerebbe passeggiare con voi. Non volete venire alla scogliera? Nessuno ci disturberà dietro al boschetto che protegge dal vento la casa smontabile attualmente disabitata». Tutte le difficoltà della vita erano appianate; non c’erano più ostacoli alla stretta dei nostri due corpi. Non più ostacoli per me, almeno. Giacché non si erano volatilizzati per lei, che non aveva bevuto il Porto. Se l’avesse fatto, e se l’universo avesse perduto ai suoi occhi un poco di realtà, il sogno lungamente accarezzato che le sarebbe apparso a un tratto realizzabile allora, forse non sarebbe stato per nulla quello di cadere fra le mie braccia. 


MARCEL PROUST (1871 – 1922), Alla ricerca del tempo perduto (1909 – 1922, pubblicata 1913 – 1927), Sodoma e Gomorra (1921 – 1922), traduzione di Elena Giolitti, Mondadori, Milano 1973 (su licenza di Einaudi, Torino 1950), Parte terza I misteri di Albertine. Le fanciulle ch’ella vide nello specchio. La signora sconosciuta. Il liftier. La signora di Cambremer. I piaceri del signor Nissim Bernard. Primo abbozzo del carattere strano di Morel. Il signor di Charlus pranza dai Verdurin., pp. 245 – 246.



     
     Il y avait encore peu de monde à Balbec, peu de jeunes filles. Quelquefois j’en voyais telle ou telle arrêtée sur la plage, sans agrément, et que pourtant bien des coïncidences semblaient certifier être la même que j’avais été désespéré de ne pouvoir approcher au moment où elle sortait avec ses amies du manège ou de l’école de gymnastique. Si c’était la même (et je me gardais d’en parler à Albertine), la jeune fille que j’avais crue enivrante n’existait pas. Mais je ne pouvais arriver à une certitude, car le visage de ces jeunes filles n’occupait pas sur la plage une grandeur, n’offrait pas une forme permanente, contracté, dilaté, transformé qu’il était par ma propre attente, l’inquiétude de mon désir ou un bien-être qui se suffit à lui-même, les toilettes différentes qu’elles portaient, la rapidité de leur marche ou leur immobilité. De tout près pourtant, deux ou trois me semblaient adorables. Chaque fois que je voyais une de celles-là, j’avais envie de l’emmener dans l’avenue des Tamaris, ou dans les dunes, mieux encore sur la falaise. Mais bien que dans le désir, par comparaison avec l’indifférence, il entre déjà cette audace qu’est un commencement, même unilatéral, de réalisation, tout de même, entre mon désir et l’action que serait ma demande de l’embrasser, il y avait tout le «blanc» indéfini de l’hésitation, de la timidité. Alors j’entrais chez le pâtissier-limonadier, je buvais l’un après l’autre sept à huit verres de porto. Aussitôt, au lieu de l’intervalle impossible à combler entre mon désir et l’action, l’effet de l’alcool traçait une ligne qui les conjoignait tous deux. Plus de place pour l’hésitation ou la crainte. Il me semblait que la jeune fille allait voler jusqu’à moi. J’allais jusqu’à elle, d’eux-mêmes sortaient de mes lèvres: «J’aimerais me promener avec vous. Vous ne voulez pas qu’on aille sur la falaise, on n’y est dérangé par personne derrière le petit bois qui protège du vent la maison démontable actuellement inhabitée?» Toutes les difficultés de la vie étaient aplanies, il n’y avait plus d’obstacles à l’enlacement de nos deux corps. Plus d’obstacles pour moi du moins. Car ils n’avaient pas été volatilisés pour elle qui n’avait pas bu de porto. L’eût-elle fait, et l’univers eût-il perdu quelque réalité à ses yeux, le rêve longtemps chéri qui lui aurait alors paru soudain réalisable n’eût peut-être pas été du tout de tomber dans mes bras. 


MARCEL PROUST, À la recherche du temps perdu, IX Sodome et Gomorrhe, Nouvelle Revue française -Gallimard, Paris 1949 (première édition Gallimard, Paris 1921 – 1922), Chapitre Deuxième Les mystères d’Albertine. – Les jeunes filles qu’elle voit dans la glace. – La dame inconnue.  – Le liftier. – Madame de Cambremer. – Les plaisirs de M. Nissim Bernard. – Première esquisse du caractère étrange de Morel. – M. de Charlus dîne chez les Verdurin., pp. 302 – 303.                   




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