giovedì 15 marzo 2018

Pierre Louÿs. Sonno, rimani ancora a lungo



   La dormiente    



       Ella dorme in mezzo ai capelli disciolti, le mani
intrecciate dietro la nuca. Forse sogna. Ha la
bocca socchiusa e respira dolcemente.

       Senza detestarla, con piume di cigno, le detergo
il sudore dalle braccia, la febbre dalle guance. Le
sue palpebre chiuse sono due fiori azzurri.

       Mi alzerò silenziosamente. Andrò ad attingere
l’acqua, a mungere la vacca, a chiedere un poco di
fuoco ai vicini. Quando riaprirà gli occhi, voglio
essere già pettinata e vestita.

      Sonno, rimani ancora a lungo fra le sue belle
ciglia lunate, e prolunga la notte felice con un
sogno augurale.


PIERRE LOUŸS (1870 – 1925), La dormiente, da Le canzoni di Bilitide (1894/5), traduzione di Alessandro Chiavolini, Dall’Oglio, Milano 1977 (I edizione), Le elegie di Mitilene, p. 82.

La dormeuse


       Elle dort dans ses cheveux défaits, les mains mêlées
derrière la nuque. Rêve-t-elle? Sa bouche est ouverte;
elle respire doucement.

       Avec un peu de cygne blanc, j’essuie, mais sans
l’éveiller, la sueur de ses bras, la fièvre de ses joues. Ses
paupières fermées sont deux fleurs bleues.

       Tout doucement je vais me lever; j’irai puiser l’eau,
traire la vache et demander du feu aux voisins. Je veux
être frisée et vêtue quand elle ouvrira les yeux.

       Sommeil, demeure encore longtemps entré ses
beaux cils recourbés et continue la nuit heureuse par un
songe de bon augure.


PIERRE LOUŸS, La dormeuse, Les Chansons de Bilitis, Société du Mercure de France, Paris M DCCC XCVIII (dixième édition, première édition Librairie de l’Art Indépendant, Paris 1895, achevé d’imprimé 3 décembre 1894), Élégies a Mytilène, 69, p. 155.

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